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Une nouvelle muséographie dans l’église du Musée des Augustins qui a l’art de sublimer les œuvres.

Depuis mai dernier, le musée des Augustins présente au public un nouvel accrochage dans deux des chapelles de son église. C’est vrai qu’en y réfléchissant, ce qui fait la particularité de ce musée, c’est entre autres ce vaste espace. Très large, très long, très haut, comment présenter des œuvres à l’intérieur de cette nef ? Et bien notamment grâce aux chapelles qui permettent de structurer l’espace et d’accueillir des œuvres comme le feraient des petites salles d’un musée « classique ». L’ une de ces chapelles est consacrée aux œuvres du peintre baroque Nicolas Tournier (1590-1639).

Pourquoi refaire cette chapelle ?
Le musée, de manière générale, souhaite mettre en place une nouvelle réflexion muséographique. Il est important de faire évoluer ce lieu, de le rendre toujours plus attractif, et cela passe notamment par l’amélioration des espaces qui avance progressivement.

Il s’agit d’un vieux musée mais qui tente chaque année de rajeunir, notamment en accueillant de plus en plus d’événements. En plus d’un espace d’exposition, il devient un lieu de ressources, un lieu d’études, un lieu de vie pour tous. Aujourd’hui, il y a des chaises longues dans le cloître, il y la Wifi, le lieu propose de plus en plus de concerts, d’événements pour petits et grands, plus on avance dans le temps, plus le musée devient un lieu agréable à fréquenter. Mais il ne faut pas oublier sa vocation première, celle de présenter des œuvres qui méritent parfois qu’on leur porte une nouvelle attention et pour cela, rien de mieux qu’un nouvel écrin.

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Voilà pourquoi une chapelle de l’église a été réaménagée pour honorer les peintures de Nicolas Tournier, car ce sont des toiles exceptionnelles et que leur auteur est, de plus, particulièrement lié à la région.
Il travailla tout d’abord à Rome, au côté d’autres peintres français, puis il passa le reste de sa carrière dans le Sud de la France entre Narbonne, Montpellier et Toulouse, où il meurt en 1639.
Ce peintre s’inscrit dans un style de peinture particulier que l’on nomme le caravagisme (style que le musée avait mis à l’honneur dans une exposition en 2012). Et une dizaine d’années auparavant, une exposition avait été consacrée au peintre lui-même.

L’histoire entre le musée et ce peintre au style clair-obscur (très sombre, très contrasté) ne date donc pas d’hier. Cette relation est d’ailleurs réapparue dans l’actualité lorsqu’un tableau porté disparu depuis deux siècles a refait surface. Le Portement de Croix, peint vers 1635, avait été créé pour une église toulousaine, il avait ensuite appartenu à la collection du musée, jusqu’à ce qu’il disparaisse de l’inventaire en 1835. La toile a voyagé, elle a été découpée, ré-encadrée, et puis elle a enfin été reconnue en 2009 chez un antiquaire florentin, pour enfin être restituée à la ville de Toulouse en 2016, après un long périple.

Le musée des Augustins est légitime dans cette histoire, la toile appartenait au musée initialement mais surtout, c’est lui qui conserve à ce jour une grande partie des œuvres de l’artiste connues à ce jour. Retour aux bercail après deux siècles donc !
Après avoir voyagé dans toute l’Europe, cette peinture méritait un accueil à sa hauteur. Pour cela, il était nécessaire de la mettre en valeur et de bien l’accompagner. C’est pourquoi, elle a été placée auprès de deux autres peintures monumentales de l’artiste : « Le Christ porté au tombeau » et « Le Christ descendu de la Croix » (ses frères et sœurs en quelque sorte).

Protecteur officiel des œuvres de cet artiste, le musée est également fier de pouvoir présenter ces toiles dans un cadre qui les met en valeur. Nouvelle cimaise, petit coup de peinture, nouvel éclairage, voilà de quoi mettre en avant ce patrimoine exceptionnel du XVIIe siècle. Un accrochage qui met en valeur, d’un point de vue esthétique mais qui est aussi très instructif, qui aide le public à comprendre ces œuvres.

La Renaissance aux Augustins

La chapelle d’en face a elle aussi été rénovée. Celle-ci met à l’honneur une période antérieure, celle de la Renaissance. Les domaines de la peinture et de la sculpture y sont présentés.
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Pour la sculpture, c’est un splendide bas-relief (oeuvre génoise) qui a été sortie des réserves du musées pour être présentée au public. Il s’agit en vérité d’un morceau de retable, d’un fragment de marbre époustouflant. Plafond à caissons, perspective, grâce et beauté idéale, tant de caractéristiques majeures de cette période de l’histoire de l’art peuvent être admirées dans cette oeuvre.

Concernant la peinture, vous ne pourrez manqué l’oeuvre de Giovanni di Franco intitulée : La chasse. Son format est en effet très large, une allure de prédelle qui correspond en fait à sa fonction première, celle de décorer le dossier d’un coffre. Il s’agit d’un dépôt du Louvre que le musée peut être fier de présenter. On y trouve une vue de Florence, dans une peinture raffinée, délicate, où des personnages se donnent à différents types de chasse. Cette peinture se situe dans la Première Renaissance, au début de l’utilisation de la perspective et du naturalisme. Cette « chasse » s’inscrit dans un large ensemble, celui des œuvres spoliées par les nazis (MNR : Musées Nationaux Récupération) soit une récupération post-spoil.

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Il en est de même pour La vierge et l’Enfant, de Marco Basaiti, présentée à ces côtés. Ces œuvres appartiennent encore à leurs propriétaires volés pendant la guerre, mais si aucun héritier ne se manifeste, le musée peut la garder, tant qu’elle n’est pas réclamée. (On croise les doigts pour les garder encore quelques années !).

le perugin - Saint Jean lEvangeliste@ et Saint Augustin Toulouse Musee des Augustins

On trouve également dans la chapelle une peinture du célèbre italien Le PéruginSaint Jean l’Evangéliste et Saint Augustin dont la finesse est remarquable. Ainsi, Gênes, Florence et Venise sont représentées. De quoi nous plonger dans le climat humaniste et l’élan de modernité qui caractérisent cette période.

Là encore, couleurs, disposition, éclairage, tout a été revu pour mettre en valeur ces œuvres exceptionnelles. Nous vous invitons à aller découvrir ces nouveautés, et nous remercions de tout cœur le conservateur du musée et son équipe pour nous avoir conviés à la présentation de ce nouvel accrochage.

D’autres travaux sont attendus mais ces nouveautés sont surtout un avant-goût de la grande exposition que préparent en ce moment le musée et l’équipe de chercheurs de l’université Jean Jaurès. Celle-ci débutera en mars 2018 et mettra à l’honneur la Renaissance à Toulouse. On a hâte de la découvrir !

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